Publié le 21 octobre 2024

Nommer un Responsable de la protection des renseignements personnels (RPRP) n’est pas une formalité, mais la désignation d’un chef d’orchestre stratégique pour votre PME.

  • La conformité à la Loi 25 dépasse la simple politique de confidentialité; elle impacte le marketing, les TI, les RH et même les opérations industrielles.
  • Gérer les risques implique des actions proactives (EFVP), une gestion de crise réactive (fuites) et une maîtrise du cycle de vie complet de la donnée.

Recommandation : Abordez la conformité non comme un coût, mais comme une opportunité de bâtir une gouvernance de données robuste qui renforce la confiance de vos clients et votre résilience.

Pour de nombreux dirigeants de PME au Québec, l’obligation de nommer un Responsable de la protection des renseignements personnels (RPRP) sous l’égide de la Loi 25 ressemble à une simple case à cocher. Par défaut, ce rôle vous incombe en tant que plus haut dirigeant, mais vous pouvez le déléguer. La tentation est grande de voir cette nomination comme l’alpha et l’oméga de la conformité. C’est une erreur stratégique. La réalité est que cette désignation n’est que le point de départ. Elle installe un véritable chef d’orchestre de la conformité au cœur de votre organisation, une personne qui doit naviguer un écosystème de risques complexes et interconnectés.

Trop souvent, les discussions s’arrêtent à la rédaction d’une politique de confidentialité ou à la mise en place d’un bandeau de cookies. Pourtant, les implications de la Loi 25 sont bien plus profondes. Elles touchent à la manière dont vous innovez avec le Cloud, à la façon dont vous gérez les départs d’employés ou d’associés, et même à la sécurité de votre réseau d’usine. Chaque décision d’affaires a désormais une composante « données personnelles » qui doit être évaluée. Le rôle du RPRP n’est donc pas passif ; il est éminemment stratégique et transversal. Il s’agit de bâtir une culture de la protection des données, une forme d’hygiène numérique qui imprègne chaque département.

Cet article va au-delà de la simple question « qui nommer ? ». Il explore les huit chantiers critiques et souvent sous-estimés que votre RPRP doit maîtriser. En comprenant l’étendue de ces responsabilités, vous serez en mesure non seulement de nommer la bonne personne, mais surtout de lui donner les moyens, le soutien et l’autorité nécessaires pour protéger votre entreprise contre des sanctions potentiellement dévastatrices et, plus important encore, pour bâtir un capital de confiance durable auprès de vos clients.

Pour naviguer ces différents enjeux, cet article est structuré autour des responsabilités clés de votre RPRP. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers chaque facette de sa mission stratégique.

Pourquoi l’EFVP est obligatoire avant de transférer vos données clients dans le Cloud ?

Une Évaluation des Facteurs relatifs à la Vie Privée (EFVP) est une analyse de risques systématique exigée par la Loi 25 pour tout projet d’acquisition, de développement ou de refonte de système d’information ou de prestation électronique de services impliquant des renseignements personnels. Concrètement, avant de migrer votre CRM vers une solution Cloud comme Salesforce ou HubSpot, ou même d’adopter un nouvel outil de marketing automatisé, votre RPRP doit piloter une EFVP pour s’assurer que les données de vos clients seront adéquatement protégées, surtout si elles sont hébergées hors du Québec.

Cette démarche n’est pas une formalité. Elle force une réflexion structurée sur les risques : Où les serveurs sont-ils situés ? La législation du pays d’hébergement offre-t-elle une protection équivalente à celle du Québec ? Quelles mesures contractuelles et techniques le fournisseur met-il en place ? L’objectif est de documenter votre diligence raisonnable. C’est la preuve que vous n’avez pas simplement choisi une solution pour son prix ou ses fonctionnalités, mais que vous avez activement évalué son impact sur la vie privée de vos clients.

Pour guider les entreprises, la Commission d’accès à l’information (CAI) a d’ailleurs publié un guide complet. Comme le détaille cette ressource, le processus n’a pas à être lourd, mais il doit être formel. Une EFVP bien menée est un outil de gestion de projet qui identifie les problèmes en amont, évite des coûts de remédiation futurs et démontre votre maturité en matière de gouvernance de données. C’est l’une des premières missions stratégiques du RPRP : passer d’une logique réactive à une culture de la protection des données dès la conception (« privacy by design »).

Analyse visuelle des risques liés au transfert de données dans le cloud avec carte géographique

Cette analyse visuelle des risques potentiels est au cœur de l’EFVP. Le rôle du RPRP est de cartographier ces flux de données et de s’assurer que chaque transfert est justifié, sécurisé et conforme. Un rapport d’EFVP concluant positivement est votre laissez-passer pour innover en toute sécurité.

Bandeaux de cookies et formulaires : comment obtenir un consentement valide sans tuer l’expérience utilisateur ?

Le consentement est la pierre angulaire de la Loi 25. Il doit être manifeste, libre, éclairé et donné à des fins spécifiques. Pour votre site web, cela se traduit par des bandeaux de cookies et des formulaires qui respectent non seulement la loi, mais aussi l’intelligence de vos visiteurs. L’époque du « En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies » est révolue. Le consentement doit être une action positive et non ambiguë, comme cliquer sur un bouton « Accepter ».

Le défi pour le RPRP est de concilier cette exigence légale avec une expérience utilisateur (UX) fluide. Un bandeau de cookies mal conçu, agressif ou complexe peut frustrer l’utilisateur et nuire à votre image de marque. La loi est claire : refuser doit être aussi simple qu’accepter. Les boutons « Accepter » et « Refuser » doivent avoir la même importance visuelle. Malheureusement, la pratique est souvent différente. Selon les données d’Axeptio de juin 2024, seulement 6% des 250 plus grosses entreprises québécoises respectaient pleinement les exigences, beaucoup utilisant encore des « dark patterns » pour pousser à l’acceptation.

Au-delà des cookies, le principe s’applique à tous vos formulaires. Si vous collectez un courriel pour une infolettre, vous ne pouvez pas utiliser cette même adresse pour de la prospection commerciale sans un consentement distinct. Le RPRP doit donc travailler en étroite collaboration avec les équipes marketing et web pour auditer chaque point de collecte et s’assurer que le langage est clair, simple et transparent. Il ne s’agit pas d’inonder l’utilisateur de jargon juridique, mais de lui expliquer en termes simples ce à quoi il consent.

Le tableau suivant, inspiré des meilleures pratiques, résume les points de vigilance essentiels que votre RPRP devrait implémenter pour la gestion des consentements sur votre site.

Comparaison des meilleures pratiques pour les bandeaux de cookies au Québec
Critère Bonne pratique À éviter
Position du bandeau Visible dès l’arrivée, non-intrusif Cookie wall bloquant tout accès
Options de choix Accepter/Refuser au même niveau Bouton refuser caché ou moins visible
Langage utilisé Termes simples et clairs en français Jargon technique complexe
Granularité Choix par catégorie de cookies Tout accepter ou rien
Révision du consentement Lien permanent en pied de page Pas d’option de modification

Fuite de données : les 4 étapes à suivre en 24h pour éviter les sanctions pénales

Aucune organisation n’est à l’abri d’un incident de confidentialité. Qu’il s’agisse d’une cyberattaque, d’un courriel envoyé au mauvais destinataire ou de la perte d’un ordinateur portable, la question n’est pas de savoir *si* un incident se produira, mais *quand*. La Loi 25 impose une gestion de crise rigoureuse et rapide, où le RPRP joue le rôle de premier répondant. L’inaction ou une réaction tardive peut transformer un simple incident technique en une crise juridique et réputationnelle majeure.

Dès qu’un incident est suspecté, le chronomètre est lancé. La loi exige la tenue d’un registre de tous les incidents de confidentialité, même les plus mineurs. Si l’incident présente un « risque de préjudice sérieux » pour les personnes concernées (vol d’identité, fraude, atteinte à la réputation), des obligations de notification se déclenchent. Vous devez alors aviser la Commission d’accès à l’information et les personnes concernées « avec diligence ». Le non-respect de ces obligations est l’une des infractions les plus sévèrement sanctionnées.

La préparation est donc la clé. Comme le souligne Charles Groleau, expert-conseil en conformité Loi 25 :

Le rôle central du RPRP avant la fuite : créer et tester un Registre des incidents et un plan de communication de crise adapté au Québec

– Charles Groleau, Expert-conseil en conformité Loi 25

Le RPRP doit donc établir un plan d’intervention clair, testé et connu de tous. En cas de crise, la panique est mauvaise conseillère. Avoir une procédure permet d’agir méthodiquement. Voici un plan d’action simplifié, inspiré des guides de la CAI, à adapter pour votre PME :

  1. Dans l’heure : Contenir et documenter. La première action est de stopper l’hémorragie : isoler le système compromis, révoquer les accès. Simultanément, le RPRP doit ouvrir une entrée dans le registre des incidents, en notant la date, l’heure et la nature des faits.
  2. Dans les 4 heures : Évaluer le risque. Le RPRP doit rapidement évaluer si l’incident présente un risque de préjudice sérieux. Les critères incluent la sensibilité des renseignements, les conséquences appréhendées de leur utilisation et la probabilité qu’ils soient utilisés à des fins préjudiciables.
  3. Dans les 12 heures : Préparer les notifications. Si un risque de préjudice sérieux est confirmé, le RPRP doit rédiger les avis pour la Commission d’accès à l’information et pour les personnes concernées. La transparence est de mise.
  4. Dans les 24 heures : Notifier. Les notifications doivent être envoyées. L’avis aux personnes concernées doit expliquer la nature de l’incident, les mesures prises par l’entreprise pour le maîtriser et les étapes que les personnes peuvent suivre pour se protéger.

L’erreur de penser que vos données clients vous appartiennent définitivement

L’une des plus grandes révolutions conceptuelles de la Loi 25 est la consécration de la propriété des données par l’individu. En tant qu’entreprise, vous n’êtes plus le propriétaire des renseignements personnels de vos clients, mais plutôt le dépositaire temporaire et conditionnel. Cette nuance change tout. Elle implique que vous détenez ces informations pour des finalités précises, pour une durée limitée, et que le client peut à tout moment exercer ses droits sur celles-ci.

Cette vision est incarnée par le droit à la portabilité, une des dernières dispositions de la loi à être entrée en vigueur. Ce droit permet à un individu de récupérer les renseignements personnels qu’il a fournis à une entreprise dans un format structuré et couramment utilisé. Il peut ensuite, s’il le souhaite, transférer ces données à un concurrent. C’est la fin des « silos de données » qui créaient une friction au changement de fournisseur. Pour votre PME, cela signifie que vous devez être techniquement capable d’extraire et de fournir ces données sur demande.

Étude de cas : Le droit à la portabilité en action depuis septembre 2024

Depuis le 22 septembre 2024, les organisations québécoises ont l’obligation de communiquer à toute personne qui le demande, dans un format technologique structuré et couramment utilisé (comme un fichier CSV ou JSON), les renseignements personnels informatisés recueillis auprès d’elle. Comme le précise l’analyse de cette nouvelle obligation, cette disposition finale de la Loi 25 concrétise le principe que le client reste propriétaire de ses informations et doit pouvoir les « emporter » avec lui. Le RPRP doit donc s’assurer que les systèmes d’information de l’entreprise (CRM, ERP, etc.) permettent une telle extraction de manière simple et sécurisée.

Cette approche du « prêt temporaire » doit infuser toute votre stratégie. Elle renforce l’importance d’un consentement clair à la collecte, mais aussi la nécessité d’une politique de conservation rigoureuse. Le RPRP a pour mission de faire évoluer la culture interne : les données clients ne sont pas un actif à exploiter indéfiniment, mais une responsabilité à gérer avec le plus grand soin.

Métaphore visuelle du concept de données comme prêt temporaire avec coffre-fort entrouvert

Le rôle du RPRP est de s’assurer que le « coffre-fort » contenant les données des clients est non seulement sécurisé, mais qu’il peut aussi être ouvert à la demande du client pour qu’il puisse en récupérer le contenu. C’est un équilibre délicat entre protection et accessibilité.

Quand supprimer les dossiers clients : les règles de conservation et d’anonymisation

Dans l’ancien monde numérique, la règle était d’accumuler. « On ne sait jamais, ça pourrait servir ». La Loi 25 inverse cette logique : vous ne devez conserver les renseignements personnels que pour la durée nécessaire à la réalisation des fins pour lesquelles ils ont été collectés. Une fois cet objectif atteint, vous avez l’obligation de les détruire ou de les anonymiser. Conserver des données « au cas où » devient non seulement une mauvaise pratique, mais aussi une infraction.

Le non-respect de cette obligation expose votre entreprise à des risques financiers considérables. Les sanctions administratives pécuniaires peuvent être très lourdes. Pour les cas les plus graves, les amendes peuvent atteindre jusqu’à 25 millions de dollars ou 4% du chiffre d’affaires mondial de l’exercice précédent, le montant le plus élevé étant retenu. Le RPRP doit donc établir un calendrier de conservation des données, un document stratégique qui définit la durée de vie de chaque type d’information en fonction des obligations légales et des besoins d’affaires.

Ce calendrier doit jongler avec plusieurs contraintes. Par exemple, les données de facturation doivent être conservées pendant 6 ans pour satisfaire aux exigences de Revenu Québec, même si le client n’est plus actif depuis longtemps. En revanche, les données d’un prospect qui n’a jamais converti devraient être supprimées après une période raisonnable. Voici un exemple de règles de conservation pour une PME type :

  • Données de clients actifs : Conservation pendant toute la durée de la relation d’affaires.
  • Données de clients inactifs : Suppression ou anonymisation après une période définie (ex: 3 ans après la dernière interaction).
  • Données fiscales et comptables : Conservation pendant 6 ans après la fin de l’exercice financier concerné.
  • Dossiers d’employés : Conservation pendant 5 ans après la fin du contrat de travail, selon les Normes du travail.
  • Données de prospection (non convertis) : Suppression après 2 ans d’inactivité.

L’anonymisation est une alternative à la destruction. Elle consiste à modifier les données de manière irréversible pour qu’il ne soit plus possible d’identifier la personne. Des données réellement anonymisées ne sont plus considérées comme des renseignements personnels et peuvent être conservées indéfiniment à des fins d’analyse statistique. Le RPRP doit s’assurer que le processus d’anonymisation est robuste et documenté.

Comment retirer un associé du Registraire proprement après un conflit ?

La gestion des renseignements personnels ne concerne pas uniquement vos clients ; elle s’applique aussi aux données de vos employés, partenaires et administrateurs. Un événement corporatif aussi courant que le départ d’un associé, surtout s’il est conflictuel, devient un point de vigilance critique où les obligations du Registraire des entreprises du Québec (REQ) et celles de la Loi 25 se croisent.

Le premier réflexe est administratif : mettre à jour la déclaration au REQ pour retirer le nom de l’associé sortant. Cette étape est obligatoire et doit être faite dans les 30 jours suivant le changement. Cependant, le RPRP doit immédiatement se poser une autre question : à quels renseignements personnels cet associé avait-il accès ? La simple mise à jour au REQ ne suffit pas. Il faut assurer une révocation immédiate et documentée de tous ses accès aux systèmes d’information de l’entreprise (courriels, CRM, serveurs, etc.).

Oublier cette étape, c’est laisser une porte ouverte à une potentielle fuite de données. Un associé mécontent pourrait, par malveillance ou par inadvertance, accéder, copier ou supprimer des informations sensibles. En cas d’incident, si l’enquête révèle que l’accès n’avait pas été révoqué, la responsabilité de votre entreprise pourrait être engagée. Le RPRP doit donc travailler de concert avec le service des ressources humaines et le département TI pour mettre en place une procédure de départ (« offboarding ») qui inclut systématiquement un volet « sécurité des données ».

Les obligations parallèles entre le REQ et la Loi 25 lors du départ d’un dirigeant ou d’un associé sont souvent sous-estimées. Le tableau suivant met en lumière cette double responsabilité.

Obligations parallèles REQ vs Loi 25 lors d’un départ d’associé
Action Obligation REQ Obligation Loi 25 Délai
Notification de départ Mise à jour de la déclaration Documenter dans le registre d’incidents 30 jours
Accès systèmes Non applicable Révocation immédiate des accès 24 heures
Transfert de dossiers Modification des signataires Audit des données transférées Immédiat
Archives Conservation des documents corporatifs Sécurisation des données personnelles Permanent

Comme le montre cette analyse des obligations croisées, la gestion d’un départ ne se limite pas à la paperasse administrative. Le RPRP doit s’assurer que le volet « protection des données » est traité avec la même rigueur.

IT vs OT : pourquoi votre réseau d’usine ne doit pas être géré comme le Wi-Fi du bureau ?

Pour les entreprises manufacturières, la transformation numérique via l’Industrie 4.0 brouille les frontières entre les technologies de l’information (IT) et les technologies opérationnelles (OT). L’IT, c’est le monde des serveurs, des courriels et du Wi-Fi de bureau. L’OT, c’est l’univers des automates programmables, des capteurs et des systèmes de contrôle qui pilotent vos machines-outils et vos chaînes de production. Traditionnellement gérés en silos, ces deux mondes convergent. Et cette convergence crée de nouveaux risques pour les renseignements personnels.

Votre RPRP ne peut plus ignorer ce qui se passe sur le plancher de l’usine. Un système OT connecté à Internet pour de la maintenance à distance peut devenir une porte d’entrée pour une cyberattaque. Si ce système contient des données, même indirectement liées à des employés (ex: logs de production associés à un opérateur), ces informations deviennent des renseignements personnels. La sécurité de votre réseau OT n’est donc plus seulement une question de continuité de production ; c’est aussi un enjeu de conformité à la Loi 25.

Vue macro de circuits industriels montrant la complexité des systèmes OT

La gestion de la sécurité en environnement OT est fondamentalement différente de celle de l’IT. La priorité absolue en OT est la disponibilité et l’intégrité (ne jamais arrêter la production), alors qu’en IT, c’est souvent la confidentialité. On ne peut pas simplement appliquer un patch de sécurité sur une machine critique en pleine production comme on le ferait sur un ordinateur de bureau. Le RPRP doit donc collaborer avec les ingénieurs d’usine pour comprendre ces contraintes spécifiques.

Cette collaboration est explicitement reconnue comme une nécessité. Dans son guide sur les EFVP, la Commission d’accès à l’information du Québec souligne cette réalité :

L’EFVP pour un projet d’Industrie 4.0 au Québec nécessite une collaboration étroite entre le RPRP et l’ingénieur d’usine pour évaluer les risques de confidentialité

– Commission d’accès à l’information, Guide EFVP 2024

Le RPRP doit donc élargir son champ de vision au-delà des serveurs du bureau. Il doit questionner la segmentation des réseaux, les protocoles de maintenance à distance et la gestion des accès aux systèmes industriels. C’est un domaine d’expertise pointu, mais ignorer la sécurité du réseau OT, c’est laisser un angle mort béant dans votre stratégie de protection des données.

À retenir

  • Le RPRP est un rôle stratégique qui va bien au-delà d’une simple conformité administrative ; c’est un chef d’orchestre de la gouvernance de données.
  • Chaque nouvelle initiative (Cloud, Marketing) ou événement (départ d’un associé, incident) doit être analysé sous l’angle de la Loi 25.
  • La conformité repose sur des actions proactives (EFVP, privacy by design) et une culture de la donnée comme un bien prêté par le client, et non comme un actif de l’entreprise.

Comment naviguer le Registraire des entreprises (REQ) pour garder votre statut actif et éviter la radiation ?

Le Registraire des entreprises du Québec (REQ) est la vitrine publique de votre entreprise. Le maintenir à jour n’est pas seulement une obligation légale pour éviter la radiation, c’est aussi un enjeu de cohérence et de confiance qui recoupe directement les impératifs de la Loi 25. En effet, les informations que vous y déclarez, comme le nom de vos administrateurs ou l’adresse de votre siège social, sont publiques. Or, le RPRP doit s’assurer que ce qui est public est cohérent avec les politiques internes et ne crée pas de nouvelles vulnérabilités.

Un décalage entre votre déclaration au REQ et votre réalité opérationnelle peut semer la confusion et éroder la confiance. Par exemple, si l’adresse de votre siège social déclarée au REQ n’est plus la bonne, où un citoyen doit-il envoyer sa demande d’accès à ses renseignements personnels ? Si le nom de votre entreprise au REQ diffère de celui utilisé dans votre politique de confidentialité, cela peut créer une ambiguïté juridique. Le RPRP doit donc veiller à un alignement parfait entre les informations publiques et les documents de conformité.

Cette vigilance est d’autant plus cruciale que le niveau de conformité général des PME reste faible. D’après un sondage de l’automne 2023, près de 60% des petites entreprises québécoises (revenus < 1M$) n’étaient pas encore conformes aux exigences. Dans ce contexte, une PME qui démontre une rigueur et une cohérence dans toutes ses déclarations publiques se démarque positivement. Le RPRP a un rôle d’audit à jouer, en s’assurant que les obligations envers le REQ et la CAI sont gérées de manière concertée et non en silos.

Votre plan d’action : Audit de conformité 360° REQ et Loi 25

  1. Points de contact : Lister tous les endroits où les informations de l’entreprise sont publiques (REQ, site web, politique de confidentialité, factures) et où le RPRP est mentionné.
  2. Collecte des informations : Inventorier les informations actuellement déclarées (nom légal, adresses, noms des administrateurs) et les comparer avec la réalité interne.
  3. Audit de cohérence : Confronter le nom du RPRP (ou du dirigeant par défaut) et ses coordonnées de contact. Sont-ils identiques et à jour sur le site web et dans la politique de confidentialité ?
  4. Analyse des risques : Repérer les incohérences (ex: ancienne adresse au REQ) et évaluer les risques associés (ex: réception manquée d’une mise en demeure, hameçonnage ciblé basé sur des infos publiques).
  5. Plan d’intégration : Établir un processus pour que toute mise à jour (ex: changement d’adresse) déclenche automatiquement une modification simultanée au REQ et dans les documents de conformité Loi 25.

L’alignement de vos informations publiques est un gage de sérieux et de transparence. Il est crucial d’intégrer cette vérification croisée dans votre routine de conformité.

La mise en conformité avec la Loi 25 n’est pas un projet ponctuel, mais un programme continu. Soutenir votre RPRP, c’est lui donner les ressources et l’autorité pour orchestrer cet effort transversal. Pour passer à l’action, l’étape suivante consiste à évaluer précisément où se situent vos plus grands risques et à prioriser vos chantiers de conformité.

Rédigé par Valérie St-Pierre, Avocate en droit des affaires et gouvernance d'entreprise, Me St-Pierre sécurise les actifs juridiques des PME, de la propriété intellectuelle à la conformité réglementaire (Loi 25, ESG). Elle siège sur plusieurs conseils d'administration.