Publié le 15 mars 2024

La performance d’une usine ne se résume pas à un TRS élevé. La clé est d’arbitrer les tensions entre des KPI contradictoires pour aligner l’atelier sur les objectifs réels de l’entreprise.

  • Un Taux de Rendement Synthétique (TRS) élevé peut masquer une « usine cachée » de pertes importantes et nuire à la flexibilité.
  • Un taux de service client faible peut coexister avec des machines tournant à plein régime, révélant un conflit entre efficacité et agilité.

Recommandation : Cessez de collectionner les indicateurs et construisez un système de pilotage cohérent, de la direction à l’opérateur, en vous concentrant sur les arbitrages stratégiques.

En tant que chef de production, vous connaissez ce sentiment. D’un côté, une avalanche de données brutes remontant de vos machines. De l’autre, un manque criant de clarté sur la performance réelle de votre usine. Vous avez mis en place des indicateurs, scruté des tableaux de bord, mais le pilotage reste réactif, les décisions difficiles à prendre. Les conseils habituels se résument souvent à une longue liste de KPI à suivre, avec en tête le sacro-saint Taux de Rendement Synthétique (TRS). On vous dit que « mesurer, c’est savoir », mais savoir quoi exactement ? Et surtout, pour en faire quoi ?

Le piège est de considérer ces indicateurs comme des thermomètres passifs, des chiffres à optimiser individuellement. Cette approche mène inévitablement à des paradoxes : des machines au rendement maximal mais des clients livrés en retard, des coûts qui explosent malgré une production en hausse. Et si la véritable clé du pilotage n’était pas dans la mesure elle-même, mais dans la compréhension des tensions opérationnelles que ces mesures révèlent ? Si le rôle du manager n’était pas de maximiser chaque KPI, mais de réaliser un arbitrage stratégique constant entre eux ?

Cet article propose une nouvelle perspective. Nous n’allons pas simplement lister des indicateurs, mais explorer les conflits et les synergies entre cinq domaines de performance cruciaux. L’objectif est de vous donner une grille de lecture pour transformer vos données en un véritable levier de décision, en alignant la performance de l’atelier sur les objectifs stratégiques de votre entreprise. Nous verrons comment déconstruire le TRS, pourquoi l’efficacité machine ne garantit pas la satisfaction client, et comment impliquer vos opérateurs pour créer un système de pilotage engageant et efficace.

Pour naviguer efficacement à travers ces concepts, cet article est structuré en plusieurs sections clés. Le sommaire ci-dessous vous guidera vers les réponses spécifiques dont vous avez besoin pour transformer votre approche du pilotage de la performance.

Disponibilité, Performance, Qualité : lequel des 3 plombes votre Taux de Rendement Synthétique ?

Le Taux de Rendement Synthétique (TRS), ou OEE en anglais, est l’indicateur roi des ateliers. Il mesure l’efficacité d’une machine en multipliant trois facteurs : la disponibilité (le temps où la machine aurait pu produire), la performance (la vitesse réelle par rapport à la vitesse théorique) et la qualité (le nombre de pièces bonnes du premier coup). Un TRS de 85% est souvent considéré comme une performance de classe mondiale. Cependant, se focaliser sur le chiffre global sans en décomposer les facteurs est une erreur classique. Un TRS de 60% n’a pas la même signification si la perte vient d’une panne majeure (disponibilité) ou de micro-arrêts constants (performance).

Le véritable enjeu est de voir au-delà du pourcentage et de traquer ce que l’on appelle l’« usine cachée ». Ce concept désigne l’ensemble des pertes de performance qui sont souvent invisibles ou sous-estimées : les réglages imprévus, les changements de série non optimisés, les ralentissements mineurs ou les défauts qualité qui n’entraînent pas de rebut immédiat. Ces dysfonctionnements, absents des tableaux de bord simplistes, représentent un gisement d’amélioration colossal. Le TRS n’est donc pas une fin en soi, mais le point de départ d’une enquête pour identifier laquelle des trois composantes est le maillon faible.

L’analyse doit être fine : une faible disponibilité signale des problèmes de maintenance ou de fiabilité du matériel. Une performance dégradée peut indiquer des soucis de formation des opérateurs, des matières premières inadaptées ou des micro-arrêts chroniques. Enfin, un taux de qualité bas pointe vers des problèmes de processus, de réglage ou d’usure des outillages. Chaque facteur appelle des actions correctives radicalement différentes. Le TRS devient alors un outil de diagnostic puissant, à condition de ne pas s’arrêter au premier chiffre.

Votre plan d’action pour diagnostiquer le TRS

  1. Collecte de données : Mettez en place une collecte automatique des données via un système MES ou des capteurs IoT pour un suivi fiable et en temps réel des arrêts, cadences et rebuts.
  2. Identification du facteur limitant : Analysez sur une période donnée (semaine, mois) quel est le facteur le plus faible entre la Disponibilité, la Performance et la Qualité.
  3. Analyse des causes racines : Plongez dans les détails du facteur limitant. Utilisez des outils comme le diagramme de Pareto ou les 5 Pourquoi pour identifier les causes spécifiques (ex: type de panne récurrente, raison des micro-arrêts).
  4. Priorisation des actions : Évaluez l’impact financier de chaque cause racine identifiée et priorisez les actions qui offriront le retour sur investissement le plus rapide et le plus significatif.

Pourquoi votre taux de service client est bas alors que votre usine roule à 100% ?

Voici un paradoxe que de nombreux managers de production connaissent : les indicateurs de performance machine, comme le TRS, sont au vert, mais le taux de service client (OTIF – On Time In Full) est en chute libre. Les clients se plaignent de retards de livraison alors que l’usine semble tourner à son efficacité maximale. Cette situation illustre parfaitement la limite d’un pilotage focalisé uniquement sur la performance des équipements. Maximiser le TRS implique souvent de produire en longues séries pour minimiser les changements et les arrêts, ce qui rigidifie la production et la rend incapable de répondre avec agilité aux variations de la demande client.

L’obsession du TRS peut créer une « efficience de silo » où chaque machine est performante individuellement, mais où le flux global de production est chaotique. On produit ce qui est facile et efficace à produire, pas nécessairement ce que le client attend en priorité. C’est un exemple classique de tension opérationnelle entre un KPI de coût/efficacité (le TRS) et un KPI de service/agilité (le taux de service). L’arbitrage stratégique consiste ici à accepter une légère baisse de TRS si cela permet une plus grande flexibilité, des changements de série plus rapides et, in fine, une meilleure satisfaction client.

Visualisation du paradoxe entre une efficacité machine élevée symbolisée par des engrenages parfaits et un service client insuffisant symbolisé par des boîtes de produits en désordre.

Pour résoudre ce conflit, il faut élargir sa vision. Des indicateurs comme l’OOE (Overall Operations Effectiveness), qui intègre les temps de changement de série, ou le TEEP (Total Effective Equipment Performance), qui prend en compte la totalité du temps calendaire, offrent une perspective plus complète. Ils mettent en lumière les pertes liées non pas à la machine elle-même, mais à l’organisation de la production. Le choix du bon indicateur dépend de ce que l’on cherche à piloter : l’efficacité pure d’un équipement ou la performance globale d’un flux de valeur orienté client.

Le tableau suivant met en perspective les différents indicateurs pour vous aider à choisir le plus pertinent selon votre contexte.

TRS vs OOE vs TEEP : Choisir le bon indicateur pour la bonne stratégie
Indicateur Périmètre Avantages Limites
TRS/OEE Performance machine pure (pendant les heures d’ouverture planifiées) Standard international, facile à benchmarker et à comprendre pour les équipes. Ignore les pertes liées à la planification (arrêts planifiés, changements de série). Peut encourager les longues séries au détriment de l’agilité.
OOE TRS + prise en compte des changements de série et autres arrêts planifiés. Donne une vision plus large des pertes d’efficacité opérationnelle. Plus sévère que le TRS, il peut être plus complexe à calculer et peut décourager les équipes si mal expliqué.
TEEP Performance totale sur la base de 24h/24, 7j/7. Offre une vision économique complète du potentiel d’un équipement. Très sévère et complexe à interpréter, il est surtout utile pour des décisions d’investissement stratégiques.

Coût matière ou coût complet : comment valoriser correctement vos pertes de production ?

Lorsqu’une machine s’arrête ou produit des rebuts, le premier réflexe est de calculer la perte en se basant sur le coût de la matière première gaspillée. C’est une vision dangereusement incomplète. Chaque minute d’arrêt, chaque pièce non conforme a un coût bien plus élevé, un coût complet qui est souvent ignoré. Ne pas le mesurer correctement conduit à sous-estimer l’impact financier des dysfonctionnements et, par conséquent, à ne pas investir suffisamment dans leur résolution. Valoriser les pertes est un KPI en soi, un KPI financier qui donne du poids aux indicateurs de production.

Le coût complet d’un arrêt machine, par exemple, doit inclure plusieurs strates. D’abord, les coûts directs : la main-d’œuvre qui reste inactive mais payée, et l’amortissement de la machine qui continue de courir. Ensuite, et c’est souvent le plus important, le coût d’opportunité : la marge brute que vous avez perdue sur les unités qui n’ont pas été produites et ne seront pas vendues. Enfin, les coûts induits, qui sont les plus cachés : les heures supplémentaires nécessaires pour rattraper le retard, les pénalités de retard client, le transport express pour une livraison urgente, ou encore l’énergie consommée par la machine en état d’attente.

En adoptant cette vision du coût complet, le pilotage change de nature. Une panne de 30 minutes n’est plus un simple « incident technique », mais une perte sèche de plusieurs centaines ou milliers d’euros. Cette valorisation financière permet de :

  • Justifier des investissements : Il devient plus facile de défendre un projet de maintenance préventive ou l’achat d’un capteur si on peut prouver qu’il sera rentabilisé en évitant une seule panne majeure.
  • Prioriser les actions : Entre deux problèmes techniques, on se concentrera sur celui qui a l’impact financier le plus lourd.
  • Responsabiliser les équipes : Parler en euros plutôt qu’en minutes d’arrêt a un impact psychologique bien plus fort et aide à faire prendre conscience de l’importance de la performance.

L’erreur d’afficher des graphiques que personne ne comprend sur le plancher

Installer de grands écrans dans l’atelier pour afficher des KPI en temps réel est une pratique de management visuel de plus en plus courante. L’intention est bonne : rendre la performance visible et transparente. Cependant, l’erreur la plus fréquente est d’y afficher les mêmes graphiques complexes et les mêmes tableaux de bord que ceux utilisés par le management. Un graphique en cascade ou un diagramme de Pareto est un excellent outil d’analyse pour un ingénieur, mais il est souvent incompréhensible et inutile pour un opérateur au pied de sa machine.

Le bon indicateur est celui qui est actionnable par la personne qui le regarde. Un opérateur n’a pas de prise directe sur le « coût de revient unitaire » ou le « taux de service client ». En revanche, il a un impact direct sur le nombre de pièces produites dans l’heure, le nombre de micro-arrêts ou la quantité de rebuts sur sa ligne. Le secret d’un management visuel efficace réside dans la « cascade de KPI« . L’indicateur stratégique du directeur d’usine (ex: la rentabilité) doit être décliné en indicateurs tactiques pour le chef de production (ex: le TRS global), puis en indicateurs opérationnels très concrets pour l’opérateur (ex: un compteur de pièces/heure avec un objectif clair).

Cette approche permet de donner du sens et de l’autonomie à chaque niveau. Comme le souligne François Coulloudon, CEO de TEEPTRAK, dans une analyse pour L’Usine Nouvelle, une bonne construction des indicateurs est fondamentale : 90% du potentiel d’amélioration d’une ligne de production peut être couvert avec des indicateurs opérationnels bien faits et une bonne stimulation des opérateurs. Pour être efficaces sur le terrain, les affichages doivent respecter quelques règles simples :

  • Utiliser des codes couleurs universels et immédiats : vert pour « ok », orange pour « à surveiller », rouge pour « problème ».
  • Privilégier les visuels simples comme les jauges, les compteurs ou les feux tricolores.
  • Limiter à 2 ou 3 métriques maximum par écran pour ne pas noyer l’information.
  • Assurer un rafraîchissement en temps réel pour que l’information soit toujours pertinente.
  • Positionner les écrans dans le champ de vision naturel des opérateurs, sans qu’ils aient à faire un détour pour les consulter.

Quand les opérateurs remplissent eux-mêmes leurs KPI : créer l’engagement à la source

Le pilotage de la performance est souvent perçu comme un outil de contrôle descendant (« top-down »). Le management définit les objectifs, mesure la performance et demande des comptes. Cette approche montre vite ses limites : elle peut créer de la méfiance, un sentiment de « flicage » et déresponsabiliser les équipes. L’alternative est de renverser la pyramide. Et si les opérateurs devenaient les premiers acteurs de la mesure de leur propre performance ? C’est le principe de l’engagement à la source.

Impliquer les opérateurs ne signifie pas leur demander de remplir des fiches papier complexes, une tâche fastidieuse et source d’erreurs. Il s’agit de leur fournir des outils simples et modernes (tablettes tactiles, terminaux de saisie simplifiés) pour qualifier en quelques clics la cause d’un arrêt, scanner un code pour un changement de série ou déclarer un rebut. Cette démarche a un double avantage. D’une part, elle permet d’obtenir des données beaucoup plus riches et précises que celles issues de capteurs automatiques seuls. Un capteur peut dire que la machine est arrêtée, mais seul un opérateur peut dire *pourquoi* : attente de matière, panne mineure, réglage, etc.

D’autre part, et c’est le plus important, cette implication transforme la relation au KPI. L’indicateur n’est plus un jugement, mais un outil d’aide, un miroir de leur propre activité. Cela favorise l’appropriation et l’émergence d’une culture de l’amélioration continue, ou Kaizen. Lorsque les opérateurs voient l’impact direct de leurs actions sur les chiffres affichés en temps réel, ils deviennent proactifs et force de proposition pour résoudre les problèmes. Les changements progressifs sont alors bien mieux acceptés car ils émanent du terrain et sont portés par une démarche participative. Le rôle du manager évolue de celui de contrôleur à celui de coach, qui aide les équipes à analyser leurs propres données et à trouver des solutions.

Comment extraire les données de vos vieilles machines (Legacy) sans tout remplacer ?

L’un des plus grands freins à la digitalisation et au pilotage par la donnée est la présence d’un parc de machines hétérogène et ancien. Beaucoup de chefs de production pensent qu’il est impossible de collecter des données fiables sans remplacer ces « vieilles » machines ou investir dans des automates de dernière génération. C’est une idée reçue. Aujourd’hui, il existe une multitude de solutions de rétrofit IoT (Internet of Things) permettant de connecter n’importe quel équipement, quel que soit son âge ou sa marque, pour un coût souvent marginal.

L’approche ne doit pas être de « tout connecter », mais de collecter la donnée juste nécessaire pour le KPI que l’on souhaite piloter. Il est possible de procéder par étapes, avec des solutions plus ou moins complexes et coûteuses :

  1. Niveau 1 (le plus simple) : Une pince ampèremétrique connectée sur le câble d’alimentation électrique de la machine. Elle permet de savoir simplement si la machine consomme de l’énergie (ON) ou non (OFF). C’est la base pour calculer le taux de disponibilité.
  2. Niveau 2 (comptage) : Un capteur photo-électrique ou un capteur de vibration placé en sortie de machine pour compter chaque pièce produite. Couplé au niveau 1, cela permet déjà de calculer le TRS.
  3. Niveau 3 (connexion automate) : Utiliser un boîtier IoT qui se connecte directement aux sorties existantes de l’automate (PLC) de la machine pour récupérer des informations plus riches (codes d’erreur, vitesse, etc.).
  4. Niveau 4 (vision) : Une caméra intelligente qui « lit » un compteur analogique ou qui détecte le passage de produits spécifiques.
  5. Niveau 5 (intégration complète) : Une solution MES (Manufacturing Execution System) qui s’interface avec les systèmes de l’entreprise (ERP) et offre une gestion complète du flux de production.

L’idée est de commencer petit et de démontrer rapidement la valeur. Un simple boîtier de suivi des arrêts à quelques centaines d’euros peut être rentabilisé dès la première panne évitée grâce à une alerte précoce. Le ROI (Retour sur Investissement) de la digitalisation des machines legacy est souvent bien plus rapide qu’on ne l’imagine. Le but n’est pas la technologie pour la technologie, mais l’obtention de données fiables pour alimenter le système de pilotage et prendre de meilleures décisions.

Excel ou PowerBI : quel outil choisir pour vos rapports de gestion mensuels ?

La question des outils est centrale. Une fois les données collectées, comment les analyser et les présenter ? Pour beaucoup d’entreprises, la réponse est simple : Excel. Puissant, flexible et universellement maîtrisé, il semble être la solution à tout. Pour les rapports mensuels, les analyses a posteriori et les calculs complexes, il reste un outil formidable. Cependant, pour le pilotage en temps réel, il montre vite ses limites. Les données sont souvent saisies manuellement, l’intégrité est faible, la collaboration est difficile et il est totalement inadapté à un usage sur le plancher de l’usine.

Power BI (et les autres outils de Business Intelligence) représente une évolution majeure. Il permet de se connecter à de multiples sources de données, de créer des tableaux de bord interactifs et de partager les rapports plus facilement. C’est un excellent outil d’analyse qui permet de « creuser » dans les données, d’identifier des tendances et de comprendre ce qui s’est passé. Toutefois, même avec des fonctions comme DirectQuery, le « temps réel » reste limité et il n’est pas conçu pour l’interaction sur le terrain.

Le choix de l’outil dépend de l’objectif : analyser le passé ou piloter le présent. Comme le résume parfaitement un expert dans le Guide des solutions digitales industrielles, il faut bien comprendre cette distinction. En citant cet expert du domaine MES dans une publication de SESA Systems Digital :

Excel et PowerBI sont des outils d’ANALYSE a posteriori, pas de PILOTAGE temps réel.

– Expert MES, Guide des solutions digitales industrielles

Pour un pilotage véritablement interactif et en temps réel, les solutions dédiées comme les MES (Manufacturing Execution System) sont conçues spécifiquement pour l’environnement industriel. Elles garantissent l’intégrité des données, une collaboration fluide et des interfaces optimisées pour un usage en atelier. Le tableau suivant, basé sur une analyse comparative des solutions de pilotage, résume les forces et faiblesses de chaque approche.

Excel vs PowerBI vs MES : Analyse comparative pour le pilotage industriel
Critère Excel PowerBI MES dédié
Temps réel Non Limité (rafraîchissement périodique) Oui, natif
Collaboration Difficile (gestion de versions) Bonne (partage de rapports) Excellente (plateforme centralisée)
Intégrité données Faible (erreurs de saisie) Moyenne (dépend des sources) Forte (collecte directe)
Coût initial Faible Moyen Élevé
Usage terrain Inadapté Limité (consultation) Optimal (interaction)

À retenir

  • Passez de la mesure à l’arbitrage : la performance ne vient pas de la maximisation d’un seul KPI, mais de la gestion stratégique des tensions entre des indicateurs contradictoires (ex: efficacité vs agilité).
  • Orientez le pilotage vers le client : un TRS élevé est inutile si le taux de service s’effondre. Le flux de valeur global prime sur l’efficience d’une seule machine.
  • Donnez le pouvoir au terrain : un KPI n’est utile que s’il est compris et actionnable par celui qui le regarde. Impliquez les opérateurs dans la collecte et l’analyse pour un engagement durable.

Chasser les 7 gaspillages (Muda) de votre usine pour gagner 20% de capacité

Le pilotage par KPI n’est pas une finalité. C’est un moyen au service d’un objectif plus grand : l’amélioration de la performance globale. Dans la philosophie du Lean Manufacturing, cette amélioration passe par l’élimination systématique des gaspillages, appelés « Muda » en japonais. Suivre des indicateurs sans les relier à la chasse à ces gaspillages, c’est comme avoir un diagnostic médical sans jamais prendre de traitement. Chaque KPI doit être un radar qui vous aide à détecter et quantifier un ou plusieurs des sept gaspillages fondamentaux.

Ces gaspillages représentent toute activité qui consomme des ressources sans ajouter de valeur pour le client. Les traquer est la voie la plus directe vers des gains de productivité et de capacité. Selon des experts en Lean Manufacturing, il est possible de réaliser 20 à 30% de gains de capacité simplement en s’attaquant méthodiquement à ces Muda. Le rôle des KPI est de rendre ces gaspillages visibles et mesurables. Par exemple :

  • La Surproduction (produire plus ou plus tôt que nécessaire) : se mesure avec l’adhérence au planning et le niveau des stocks de produits finis.
  • Les Attentes (opérateurs ou machines inactifs) : sont directement mesurées par le taux de disponibilité du TRS.
  • Le Transport inutile : peut être quantifié en mesurant la distance parcourue par les composants ou le temps de transfert entre deux postes.
  • Les Stocks excessifs (matières, en-cours) : sont suivis par le taux de rotation des stocks ou le volume d’en-cours.
  • Les Mouvements inutiles des opérateurs (se baisser, chercher un outil) : se reflètent dans le temps de cycle opérateur.
  • Les Défauts et rebuts : sont mesurés par le taux de qualité du TRS ou le taux de premier passage conforme (First Pass Yield).
  • Le Sur-traitement (opérations inutiles, qualité excessive) : peut être détecté en comparant le temps de cycle réel au temps standard théorique.

En associant chaque KPI à un ou plusieurs gaspillages, vous créez un système de pilotage orienté action. Une baisse du taux de disponibilité n’est plus un simple chiffre, c’est le symptôme d’un gaspillage par « attente » qu’il faut éliminer. Cette approche donne un but concret à la mesure et transforme la collecte de données en un véritable moteur pour l’excellence opérationnelle.

Commencer à transformer vos données en performance réelle n’est pas une montagne insurmontable. La première étape consiste à réaliser un diagnostic honnête de vos indicateurs actuels et à identifier les tensions et les gaspillages qu’ils révèlent. C’est le point de départ pour construire un système de pilotage véritablement stratégique.

Rédigé par Marc-André Cloutier, Ingénieur industriel (OIQ) et expert en excellence opérationnelle, Marc-André possède 18 ans d'expérience dans l'optimisation des PME manufacturières au Québec. Spécialisé en Lean Six Sigma et en transformation 4.0, il accompagne les usines dans l'automatisation et la réduction des gaspillages.